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« Il n’y a pas d’effervescence islamiste en Mauritanie »

Ancien général de l’armée mauritanienne, Mohamed Ould Abdel Aziz, né le 20 décembre 1956, est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 2008, déposant le premier président élu au suffrage universel. L’année suivante, il est élu pour un premier mandat de cinq ans. Réélu en 2014, il soutient qu’il respectera la Constitution qui lui interdit de se représenter. Dans un entretien accordé au Monde, au siège de la présidence à Nouakchott, le président dresse le bilan de la lutte antiterroriste dans son pays, théâtre de plusieurs attaques djihadistes et d’enlèvements d’Occidentaux jusqu’en 2011.

La dernière attaque terroriste en Mauritanie remonte à 2011. Cela signifie-t-il que la menace soit définitivement écartée ?
Je ne peux pas le dire. Les questions de sécurité sont très fluctuantes. Mais ce que nous avons obtenu résulte des efforts intenses entrepris depuis 2008. Et nous poursuivons sur cette lancée. A l’origine, nous avons souffert du délabrement de l’armée et de nos services de sécurité. Il a fallu les refonder pour les adapter à leur nouvelle mission de lutte contre le terrorisme. Nous avons également combattu l’extrémisme pour couper les liens entre les terroristes basés à l’extérieur de notre territoire et les gens, ici, qui auraient pu être tentés de les rejoindre. Il nous a fallu désensibiliser ces jeunes lancés dans l’extrémisme, arrivés là, souvent, par désœuvrement. D’où le volet économique de notre action. En résumé, nous avons donc agi sur les volets sécuritaire, intellectuel et économique.
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Depuis, nous n’avons pas eu de cas avéré d’insécurité, ni d’afflux de jeunes vers ces groupes terroristes. Cela tient au fait que nous avons sécurisé nos frontières et nos religieux ont dissuadé les jeunes de partir.
On a aussi parlé d’un accord secret de non-agression passé par votre pays avec Al-Qaida au Maghreb islamique en 2010 ?
C’est totalement impossible ! Nous avons eu à subir des attaques bien après cela, ce qui contredit cette accusation. On a parlé également du versement de 30 millions de dollars… Nous n’avons jamais versé quoi que ce soit. La libération de terroristes ? Ils sont encore en prison, très loin à l’intérieur du pays.
Nous combattons les terroristes. Nous n’avons jamais négocié avec eux, ni payé aucune rançon. D’ailleurs, nous avons refusé de libérer des terroristes en échange d’otages comme nous le demandaient deux ou trois pays amis auxquels nous avons adressé une fin de non-recevoir. J’ai toujours condamné le paiement de rançons.
Dans votre bilan en matière de contre-terrorisme vous n’évoquez pas la coopération internationale…
C’est vrai, nous avons bénéficié de l’apport technique de la France, des Etats-Unis et nous continuons d’échanger des renseignements qui ont été d’un grand apport pour atteindre nos résultats. Nous échangeons également avec les pays de la région.
D’où la création du « G5 Sahel », associant le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Mali et la Mauritanie ?
En effet, nous avons beaucoup de points communs : des frontières communes dans une zone qui souffre du trafic de drogue, du terrorisme, des prises d’otages. Il était nécessaire de nous mettre ensemble pour essayer de juguler ces fléaux, stabiliser nos pays afin de créer les conditions nécessaires à leur développement.
La multiplication des attaques au Mali vous inquiète-t-elle ?
La situation s’est en effet dégradée ces derniers temps parce que le phénomène n’a pas été éradiqué. Les accords d’Alger [signés en 2015 par le gouvernement malien et les groupes rebelles] n’ont pas abouti, il y a toujours des réticences de part et d’autre.
Pour traiter globalement la question sécuritaire au Mali, il faut une approche différente. Ce ne sont pas des casques bleus – dont l’action est limitée – qui peuvent affronter des terroristes et des trafiquants. Ce n’est pas leur rôle. Et leur présence n’a d’ailleurs rien donné et ne donnera rien.
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Il faut mettre sur pied une force régionale qui s’implanterait dans la région pour combattre de façon radicale et neutraliser les terroristes. Sinon, ils continueront à prospérer et il y aura encore des tas d’accords avec la rébellion qui ne seront jamais mis en pratique.
Pourquoi cette force régionale n’existe pas encore ?
Elle nécessite l’adhésion de l’ensemble des pays de la région. Or, la situation en Libye n’a pas facilité les choses. Nous incitons les membres du « G5 Sahel » à mettre en place cette force. Il faudra aussi transcender un certain nombre de problèmes juridiques liés à la présence des Nations unies, et aux accords d’Alger qui ne permettent pas aux forces maliennes d’aller au Nord.
Vous n’excluez donc pas que des soldats mauritaniens interviennent de nouveau au Mali ?
Nous ne l’excluons pas si c’est dans un cadre plus global et avec des objectifs clairement délimités dans le temps et l’espace.
Vous coopérez militairement avec la France. Cela signifie-t-il que la Mauritanie est intégrée à l’opération « Barkhane » ?
Nous n’avons rien à voir avec « Barkhane ». Il n’y a pas de bases françaises ici. Nous avons des liens très étroits avec l’armée et les services de sécurité français. Mais ce n’est pas « Barkhane ».

Il y a eu des éléments des forces spéciales françaises déployées en Mauritanie…
Pour la formation de nos hommes. C’est différent d’une base. Nous n’en avons pas besoin et la France ne nous l’a pas proposé. A aucun moment les Français n’ont combattu en Mauritanie.

Vous décrivez la Mauritanie comme un pays pacifié. Pourquoi la France maintient-elle la Mauritanie en « zone rouge » ?
Je ne me l’explique pas. Les Espagnols, par exemple, ont changé d’avis.

Sur le plan politique, en 2019, vous aurez effectué vos deux mandats. Serez-vous candidat à votre succession ?
Je m’en tiens à la Constitution [qui limite à deux le nombre de mandats consécutifs]. J’ai fait ce que j’ai pu pendant toute cette période et puis c’est tout. J’estime qu’il y a encore beaucoup de choses à faire mais qu’il y a beaucoup de gens capables de le faire.

Les populations haratines (descendants des anciens esclaves) et les Négro-Mauritaniens s’estiment discriminés par les Bidhan (les Maures blancs). Comment combler ces fractures communautaires ?
Les Maures sont majoritaires dans le pays. La Mauritanie n’est pas un pays noir avec une minorité de blancs qui dirige le pays. Ce n’est pas une question de discrimination. Il n’est pas question d’instaurer un système de discrimination positive pour les recrutements dans la fonction publique. On peut en effet créer des écoles dans certaines zones défavorisées, aider les populations, essayer de relever leur niveau, créer les infrastructures nécessaires au développement, c’est ce que nous faisons pour lutter contre les séquelles de l’esclavage.

Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir, un jeune blogueur, a été condamné à mort par un tribunal pour « mécréance ». On vous reproche d’avoir pris parti et demandé avant son jugement d’appliquer la condamnation la plus forte qui soit.
Je n’ai jamais demandé la peine de mort contre lui. J’ai reçu des Mauritaniens qui manifestaient contre les écrits de ce blogueur. Ce sont eux qui demandent son exécution, pas moi. En tant que chef de l’Etat, je ne pouvais pas le condamner avant la justice entre les mains de laquelle il est toujours [une décision de la cour suprême est attendue dans les prochaines semaines].

Quelles leçons tirer de cet événement ? Est-ce le signe d’une radicalisation religieuse d’une partie de la population ?
Je n’y vois pas le signe d’une radicalisation, seulement l’expression de gens qui tiennent à la religion dans un pays 100 % musulman. Nous ne sommes pas des extrémistes mais des pratiquants respectueux de la religion et modérés.

Pourtant, des intellectuels et une partie de l’opposition vous reprochent de faire trop de concessions aux mouvements salafistes.
Il y a des lois que nous faisons respecter et pour le moment il n’y a pas eu de débordements. Le salafisme ne gêne en rien le fonctionnement de l’Etat. Nous pratiquons un islam modéré. L’extrémisme est ailleurs. Il y a eu quelques jeunes enrôlés dans des groupes terroristes mais ils ne représentent qu’un pourcentage très, très, très minime de la jeunesse. Pour preuve, il n’y a pas eu d’engouement ici pour les printemps arabes ni de départ vers les zones d’insécurité du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord.

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Je ne vois pas d’effervescence salafiste ou islamiste en Mauritanie. Certains hommes politiques ont essayé d’amarrer le pays à ces printemps arabes mais ils ont échoué.

Ces révolutions arabes ont été une catastrophe pour le monde arabe et les pays occidentaux. Elles ont balayé quelques dictateurs, qui auraient fini par lâcher le pouvoir. Mais est-ce qu’il y a plus de liberté maintenant ? Est-ce que l’on respecte davantage les droits de l’Homme ?

Que vous inspire la situation en Libye ?
Les résultats de l’intervention en Libye et la chute de Mouammar Kadhafi ont été catastrophiques. Cette action a été une erreur. Aujourd’hui, il n’y a plus de Libye. C’est le règne de l’insécurité et la catastrophe économique. Les dégâts causés à l’ensemble de la région sont énormes. Ce fut un mauvais investissement.

Et la Syrie ?
Dès le départ quand la révolution a commencé, on a souhaité que le président [Bachar Al-Assad] quitte le pouvoir. Maintenant, c’est peine perdue. Tout le monde a perdu. Le pays est complètement anéanti. Qui financera la reconstruction de la Syrie ? Pas la Russie, pas les pays arabes qui ont armé des gens, encore moins les Occidentaux qui n’ont plus les moyens de se financer eux-mêmes !
L’Occident aussi a perdu. Des milliers de réfugiés ont créé une sacrée pagaille et l’insécurité aussi bien en Allemagne qu’en France ou en Belgique. On a mal apprécié les choses.

Christophe chatelot

 



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